Prix unique : 12€ (1 place achetée = 1 place offerte - demi-tarif chômeur - étudiant - moins de 25 ans )
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ERF Port-Royal Quartier Latin Maison fraternelle
37, rue Tournefort 75005 Paris
Le 29 janvier ainsi que les 6 et 7 Février 2009 à 20H30
la situation est ordinaire et chacun a pu y être confronté un jour : un homme nous aborde dans la rue. Il
débite des paroles auxquelles nous ne prêtons tout d'abord aucune attention. Nous sourions complaisamment. Nous pensons : "ça ne va pas durer il va se lasser, aller voir quelqu'un d'autre, partir. » . Nous avons beau l'ignorer, fuir son regard, esquisser un sourire amusé, il reste. Nous sentons peu à peu son discours
nous envahir. Il cherche à nous embarquer dans son histoire. Il nous agrippe et nous sentons le piège de la parole se refermer sur nous. La légèreté des premiers mots cède la place à des paroles lourdes de sens qui en disent autant sur ce personnage singulier que sur nous. Rompre ce flux de paroles, serait détruire toute possibilité de rencontre.
En 1977, Koltès termine "La nuit juste avant les forêts du Nicaragua ". Ce titre premier nous invite à replacer ce théâtre dans le contexte
historique de l’Amérique latine des années 70.
Ce monologue nous ramène surtout à l’unicité de l’espèce humaine au sein de laquelle les gestes issus de la culture érigent les barrières de
l’altérité. Dans ce monde marchand, seul l’argent donne une apparence de consistance à l’homme. Dans ce monde cloisonné de zones multiples, où l’appartenance à une zone, à une cité, à un
travail, à un parti, définit l’individu, le personnage (anonyme), qui vit l’exclusion du monde du travail, déplore la multiplication des pouvoirs et veut fonder un syndicat international qui scelle une fraternité entre tous les peuples et tous les ouvriers en
souffrance.
La pièce de Koltès, replacée dans le contexte de la crise économique des années 70 et de l’augmentation brutale du chômage, nous interroge sur
l’état de notre société actuelle, sur son peu de solidarité, sur sa propension à développer les inégalités.
Dans le contexte actuel, elle résonne particulièrement, nous ouvre à l’espoir dans notre capacité à vivre la fraternité avec les
individus, victimes de la guerre économique ici, et les peuples en lutte, pour la démocratie et un meilleur partage des richesses, ailleurs. Seule la fraternité au-delà des frontières sociales
et nationales nous permettra de sortir de la nuit, de notre propre nuit, de notre propre aveuglement.
Une production de La Compagnie 347 - Paris
Scénographie et mise en scène Jean-Claude Revest - Dramaturgie Sylvain David - Accompagnement sonore Jean-Luc ..... Régie générale Armelle
Lopez -
Quelques notes du Metteur en Scène à propos de "La Nuit juste avant les forêts"
Il me semble que dans une première partie l'auteur dit l'état d'inquiétude dans lequel se trouve le personnage : inquiétude
liée à la solitude, à l'errance et au manque d'identité affirmé du fait de sa qualité d'"étranger" . Il cherche un interlocuteur qui accueillerait cette "étrangeté". L'intention du jeu fait
alterner des états d'exaltation et d'abattement.
L'instabilité des états du personnage nous interroge et nous attire; chacun pouvant retrouver une part de lui-même dans ses
incertitudes.
Dans une deuxième partie, le personnage est, semble-t-il, stabilisé, il a acquis l'assurance d'être dans un lieu où tout peut être dit ou
tout peut être imaginé : la scène. Il peut alors nous raconter son histoire, ses rencontres, ses désirs. Il a trouvé son interlocuteur puisqu'au théâtre la parole est donnée, que c'est l'une des
dernières zones de liberté et de partage. Koltès créé un personnage de théâtre anonyme proche de ceux que nous connaissons dans notre culture occidentale : en lui cohabitent par
instants Hamlet, Lorenzaccio et Sganarelle !
Pour parler du "contenu", je pense avec Stéphane Patrice, qu'il est "subversif" et c'est le choix que je fais de produire un théâtre
combatif. S.Patrice affirme : " Tout s'enchaîne et tout se dit, dans l'apparent désordre d'un rythme intérieur. Tout s'enchaîne et tout se combine pour privilégier la multiplicité, la
diversité, la différence, faire signe vers la totalité".
Loin de se réduire à " la solitude, le besoin de l'autre, la demande d'amour " comme l'affirme pourtant A.Ubersfeld pour qui
l'interprétation de la pièce comme "révolte contre la société" risquerait "d'affaiblir singulièrement le propos", La Nuit juste avant les
forêts est bien un théâtre de la critique sociale où tout se mêle en un tressage acerbe et corrosif : " Je ne peux être vraiment
content, dit le personnage, pas comme ceux d'ici toujours l'air content, toujours prêts à jouir, moi, il y a toujours derrière ma tête, qui me reviennent tout d'un coup, des
histoires de forêts où rien n'ose bouger à cause des mitraillettes".
Le titre donne une indication spatio-temporelle d'une conscience qui prend acte de la nuit et qui met en scène les forêts. Une première
version du titre, faisait signe vers plus de précision géographique pour signifier en fait l'Histoire : "La Nuit juste avant les forêts du Nicaragua".
Ce titre, d'une étymologie poétique (Nican-Arauac) se traduit par : Voici les hommes. Il suggère
l'ethnocentrisme de Lévi-Strauss in "Race et Histoire" et pour Koltès, l'espoir d'un nouvel homme, d'un homme nouveau - Ecce homo- et la
fraternité. " Il est le bruit assourdissant des guerres de libération dans la tête de ceux qui y sont sensibles. Il est le décor de la tragédie : la douloureuse lucidité dans une forêt
du Nicaragua. Il est ce souvenir derrière la tête, qu'au-delà de nos tranquillités occidentales, le monde ne tourne pas rond pour tous, l'exploitation persiste, et la mort
rôde".
Ce qu'écrit, par ailleurs, Richard Miller sur l'exigence de Louis-René des Forêts s'applique tout aussi bien à l'écriture de Koltès, aussi
exigente que celle de l'auteur de "La chambre des enfants" : "Une répudiation du langage, donc, au profit d'un silence qui garde vive la mémoire du coeur, le lieu de la
fidélité au voeu de l'enfance : voeu de l'impossible silence mais dont la pureté est inscrite dans le temps, et le temps défaisant le voeu, soumettant l'enfant devenu un vieil homme à la maladie
du langage, à l'errance dans les forêts du langage, de l'existence, de la mémoire, tout en rêvant d'un langage - non asservi aux mots - et en s'acheminant vers cette déforestation qu'est la
mort..."